Trop moi
novembre 24, 2008
J’ai faim. Il est 11h39. Mais je ne mangerai pas. Je crée ce document pour conjurer mon envie de manger. Je vais décortiquer ce qui se passe en moi quand je voudrais manger pour éviter de le faire. Je ne sais généralement pas les lire. Je vais peut-être le mettre sur mon blog. Je baille fort, aussi. Comme si mon corps m’envoyais des signaux. Cette fois, je crois que je sais ce qui a déclenché ça : je viens de regarder mon agenda google, sur lequel, depuis un moment, M partage son agenda à lui. Depuis quelques jours, il a tout changé et au lieu de me donner la possibilité de voir les détails des événements qu’il note, je ne visualise plus que sa « disponibilité ». Par exemple, je vois que vendredi, il n’est pas disponible de 17h à 18h sur son agenda perso. Nos amis viennent dîner, il faut aller chercher E et un autre enfant à l’Opéra, j’aurais A avec moi, je dois finir mon boulot… Et je ne sais pas ce qu’il fait. Ca a créé une frustration en moi quand j’ai regardé l’agenda tout à l’heure. Je ne m’en suis pas tout de suite rendu compte, je suis passée à une autre fenêtre de firefox et puis je me suis sentie un peu mal et j’ai cherché à comprendre pourquoi et j’ai retrouvé cette frustration ressentie à la vision de l’agenda. C’est le signe d’une nouvelle distance entre nous, qui me déplait, à moi qui aurait tendance à e complaire dans la fusion. Ma névrose me fait interpréter cette modification comme sa volonté de me mettre à l’écart de sa vie privée. Il cherche à me décoller. Je proteste intérieurement contre le procédé mais le sens du geste est probablement bon pour nous. Comme l’idée qu’il m’a exposée vendredi selon laquelle il vaut sortir sans moi un soir par semaine. Moi aussi je passe un soir par semaine sans lui, pour prendre mes cours de danse. Mais lui, ça ne le prive de rien. Là, il voudrait, par exemple, aller au cinéma, c’est à-dire faire seul ce qu’on pourrait faire ensemble mais qu’on ne fait pas. Et ça, ça me rend triste. Encore de la distance. En plus, ça ne me dérangerait pas du tout qu’il prenne une soirée par semaine pour faire une activité à lui, qui ne me prive de rien, comme un sport à lui, une activité perso (il en pratiquait une l’année dernière). Mais un truc qu’on pourrait faire à deux, ça me rend super triste. Et je passe sur le fait qu’il me trouve trop présente à la maison et qu’il me propose de prendre un bureau à l’extérieur pour être plus souvent seul à la maison.
Trop si, trop ça, trop là, trop moi…
Paralysée
novembre 12, 2008
Il faudrait peut-être que je mette tout entre parenthèses le temps que l’antidépresseur fasse son effet. Si effectivement ça peut aggraver la souffrance avant de faire vraiment effet.
Photo
novembre 12, 2008
Je viens de repenser à l’album de ma première grossesse. Il avait pris plein de photos de moi, très tendres, amoureuses. Et là, mon corps de déchire en deux. Je hurlerais à en mourir si j’étais seule. C’est trop dur. Je veux mourir. Je veux disparaître de la surface de la terre. Il y a des photos où il me regarde amoureux. Ce n’est pas possible qu’on soit à la fin. Ce n’est pas possible, ce n’est pas possible. Mon corps est parcouru de frisson d’épouvante. je vais vomir, crever.
Abysse
novembre 12, 2008
Sa gentillesse des derniers jours m’avait fait croire à un regain d’intérêt. Comment pouvait-il m’aimer moins et être gentil comme il l’était? Je perdais encore plus mes repères, paradoxalement. Je lui ai demandé hier soir d’être clair avec moi. Il dit qu’il manque du socle d’amour qui pourrait lui faire supporter les côtés négatifs de la vie avec moi. Donc il m’aime encore parfois mais plus assez. Plus assez pour quoi? Pour vivre avec moi? Il ne le dit. Ou n’ose pas le dire? Je suis fracassée. Je ne sais pas comment je vais réussir à traverser cette journée ni celle d’après ni les autres. L’antidépresseur ne fait probablement pas encore effet. Une chose me fait atrocement souffrir : j’aurais besoin que quelqu’un me prenne dans ses bras, lui. Et la certitude que cela n’arrivera plus jamais, qu’il n’aura plus cette bienveillance à mon égard me fait exploser. J’imagine aussi le moment où on dira aux enfants qu’on se sépare. Je ne vais pas pouvoir supporter leur réaction, ça, ça ne va pas être possible. En plus, ça me poursuivra toute ma vie, je ne pourrai pas vivre avec cette peine et avec ses souvenirs dans la tête.
Mon regard tombe sur les choses et à chaque fois je me dis : est-ce que c’est moi qui aurai ci ou ça? Imaginer qu’on va se « partager » les choses me renverse, me bouleverse. Et puis je pense au côté matériel : aux choix que j’ai faits, à ceux que je n’ai pas faits. Au boulot que j’ai laissé tomber, aux piges que je voulais arrêter. C’est peut-être pour ça qu’il n’a pas encore passé le pas et prononcé les paroles fatidiques. J’ai mis quand même pas mal de choses de côté pour nous simplifier la vie. Une pub à la radio sur la retraite. Quelle retraite? Je vais me retrouver sans rien ou presque. Je me suis oubliée… Je pense à ces témoignages de personnes dont la vie a basculé après une maladie, un divorce, un licenciement, la conscience que ça pouvait être moi n’était qu’à la surface. Cette fois, je sens que ça peut être moi.
C’est horrible : le sentiment que j’ai longtemps eu de ne pas mériter ma vie et que tout allait se retourner va se réaliser. Ca y est, la vie va se venger sur moi. Mon heure de payer est venue. Payer mes défauts, mes « succès » immérités, ma « chance », payer une deuxième fois mes souffrances passées. Double, triple quadruple peine.
Comment vit-il les choses, lui? Il voulait dormir, lui, hier soir. Il disait que ce n’était pas le moment. Ce n’est jamais le moment. On a passé toute la journée ensemble sans jamais se parler vraiment. J’ai passé une journée affreuse, j’ai beaucoup soupiré, involontairement mais profondément, ça explosait à l’intérieur, j’ai réprimé les éruptions. Il dit qu’il faudrait prévoir un moment. Je nous vois assis dans un café ou un restaurant et lui en train de me dire qu’on ne peut plus continuer ensemble. Mauvais film.
Un film que je peux arrêter, si je veux. J’y pense beaucoup. Je n’ai pas les outils, les armes pour traverser une épreuve pareille, pour renoncer à la tendresse, pour admettre que je ne suis pas « aimable ». Je ne suis pas équipée. Mes défenses sont de papier.
Il est derrière la porte de la salle de bain, tout près de moi et à des milliers de kilomètres. Je sens quelque chose de magnétique entre nous.
Je pense à tout ce que nous avons vécu ensemble, réalisé et fait, tous les formidables moments passés, qui n’auraient pu exister avec personne d’autre. Il n’y a pas si longtemps encore. C’est insupportable. Il dit que ça fait plusieurs mois qu’il est dans cet état d’esprit. Je ne l’ai pas vu venir.
Il va ressortir de la salle de bain après s’être mis du parfum et je vais chavirer.
Ma fille me parle. Je pense à la peine que nous allons lui infliger. A elle et à son frère.
Il vient de sortir de la salle de bain. Il m’a embrassée car il part. Il est resté un moment les mains sur mes épaules. J’ai cru mourir de douleur. Qui pourrait me secourir, me prendre dans ses bras, me rassurer? Je ressens une très profonde solitude, une solitude essentielle, qui me déchire, me coupe en deux.
Je pourrais rester toute la journée à écrire ainsi, ça m’apaiserait un peu. Mais les filles sont là et je dois travailler un peu, je n’ai plus que ça à quoi me raccrocher.
Lui, je crois qu’il n’est pas heureux mais sans plus. Finalement, peut-être est-il hermétique aux sentiments positifs comme aux négatifs. Il ne vit rien de bien excitant émotionnellement, ni dans le registre agréable ni dans le registre désagréable… Et puis, comble de l’horreur, il va (ou il a) rencontrer quelqu’un, lui faire l’amour. Sanglot irrépressible. Les files, la mienne et sa copine, n’ont pas remarqué. Décidément, toutes les facettes de cette situation sont insupportables, au sens propre. C’est au-delà de mes forces.
Imaginer…
novembre 7, 2008
…juste un instant le “partage” des choses, de “nos” affaires… Je préfèrerais être morte. Tout laisser. Finir clocharde comme je l’ai toujours craint. Non, je me tuerai avant. Je partirai très loin, en Amérique du sud, en Papouasie, je me tuerai proprement. En le monde m’oubliera gentiment.
Désintégration
novembre 7, 2008
La Chanson d’Hélène n’a jamais été autant d’actualité : “Tu ne m’aimes plus”. Ou seulement parfois et juste un tout petit peu. J’ai l’impression d’avoir été passée au lance-flammes. Ma crainte ultime, le seul et unique motif de désespoir absolu est là en moi, devant moi : “Tu ne m’aimes plus”.
J’écoute, c’est vrai, des musiques triste. Jonasz parle des “traces qu’on laisse derrière nous, comme des baisers, des mots d’amour suspendus”. Les Stones pleurent Angie. Charlélie Couture se moque : “comme si on y croyait”. Moi, j’attends que le médecin me rappelle : il me faut des anti-dépresseurs TOUT DE SUITE. Je veux perdre pied TOUT DE SUITE. Oublier ce gachis total. Oublier que résonne en moi la certitude, désormais, que je ne suis pas “aimable” et que c’est moi qui ai provoqué ce désastre.
A qui pourrais-je parler? Aucune oreille n’est assez grande pour entendre mon hurlement et contenir tout mon désespoir. J’ai envoyé un petit appel à l’aide à Isabelle ma si chère, débordée par toute cette famille…
Cette vie si VAINE ! Comment croire à cette vanité totale? Une vanité totale habitée néanmoins par deux jeunes vies qui n’ont rien demandé à personne, encore moins à la mère irresponsable que je suis. S’ils n’étaient pas là, je ne serais plus là. Cette vie ne m’intéresse pas.
C’est la rentrée
septembre 2, 2008
Les choses se tassent. Je suis beaucoup moins stressée et déprimée. C’est effarant comme je suis dépendante de lui. J’ai besoin d’être en sécurité avec lui. Ça doit être chiant pour lui mais je ne sais pas comment faire. Et puis je ne pense pas que ce soit être très exigeante que de trouver plus agréable de ne pas avoir tout le temps l’impression que le monde peut s’écrouler à chaque instant, qu’il peut me plaquer n’importe quand sans que je le voie venir… Bon, cette fois, je le voyais venir mais je ne comprenais vraiment pas ce qui avait pu provoquer chez lui ce changement d’état d’esprit. J’avais l’impression que tout allait plutôt bien…
Ça me semble finalement assez normal d’attendre de celui avec lequel on vit qu’il croie en l’histoire qu’on partage, qu’il croie en nous… J’ai l’impression que c’est ce que tout le monde fait, en gros, nos amis, par exemple. Ils vivent ensemble dans l’idée, au moins pour l’instant, que c’est pour toujours. Lui m’a dit, un jour très important, qu’il ne pouvait pas s’engager pour toute la vie, qu’on ne savait pas de quoi elle serait faite. C’était il y a 11 ans et j’y pense toujours. C’était LA chose à ne pas me dire, même si je ne suis pas dupe, je vois bien que les couples se font et se défont. Là où une fille “normale” aurait été juste un peu chiffonnée, temporairement, moi, je me suis sentie immédiatement placée sur une corde raide, une épée au-dessus de la tête en prime. Equilibriste en danger permanent, je marche sur cette corde depuis plus de 10 ans. Je me suis usée, à force, j’ai perdu une partie de ma joie de vivre.
Il n’a pas posté sur le blog, il a juste laissé deux commentaires… un début. L’idée lui semble bonne… Mais il n’est pas trop d’humeur à écrire à cause de son ennui de santé. Donc j’attends encore. Mais il a téléphoné tout à l’heure, on a parlé de la rentrée des enfants. Le reste du terrain est encore trop sensible.
ENFIN !!!
septembre 1, 2008
Enfin !!! Enfin on a pu se parler ! J’en suis complètement retournée !
Une seule chose à retenir : il s’excuse pour les dernières semaines !!! Gloria, Gloria ! Il s’excuse et il dit qu’on va “tous” passer une bonne rentrée et qu’on va faire en sorte que ça ne se reproduise plus ! je m’enthousiasme mais il avait plus l’air de faire amende honorable que de prévoir une rupture pour que “ça ne se reproduise plus”…
Il a dit qu’il m’embrassait !
J’ai fondu en larmes et les enfants se sont un peu inquiétés, et lui aussi. Il a dit que je pouvais l’appeler quand je voulais !
Je vais pouvoir revivre un peu !!
Je lui ai parlé du blog à quatre mains, il va aller voir. Je vais guetter.
Rien !
septembre 1, 2008
Ca doit bien faire une demi-heure qu’il a essayé d’appeler. Mais il n’a pas réessayé… On attend. Enfin surtout moi, enfin je ne sais pas. Au secours !!! Appelle !!!
Un souci en moins : la rentrée du plus grand des enfants s’est bien passée.
Dans la Pluie fait des claquettes, Nougaro demande : “Allez pourquoi tu pleures?” et il répond : “Parce que je t’aime, salaud”.
Le téléphone sonne, enfin !! Voudra-t-il me parler ?! Mon coeur va exploser.
Ne pas s’effondrer devant les enfants. Analyser le ton de sa voix ! S’il me parle ! Ah, il veut me parler !
Bribes de nouvelles
septembre 1, 2008
Son père vient de me dire après l’avoir appelé, en pensant que j’étais au courant, qu’il a des petits problèmes ORL. C’est peut-être pour ça qu’il a retiré ses séances de sport sur son agenda. C’est bête mais je me dis que du coup il sera peut-être un peu moins disponible pour une aventure…
J’ai eu l’impression, hier, que sa mère savait que je n’avais aucune nouvelle de lui…
!! Il est en train de nous appeler, un avis de message vient de tomber tandis que le téléphone est occupé. Il n’a pas laissé de message. Il va sûrement rappeler. Mon fils a pris le téléphone près de lui. Ca épargnera à mon mari de me parler avant de me demander de parler aux enfants… Demandera-t-il à me parler après? Verdict dans pas longtemps, normalement. J’ai des palpitations, encore, la respiration à 10% tout le temps, le souffle coupé.
J’écoute par hasard Nougaro, Ile de Ré. Il parle du “mois le plus tendre, le mois de septembre”. Tu parles !