Voilàààà

janvier 3, 2011

C’est fini? Peut-être bien. En tout cas, j’ai passé un cap. Celui qui fait dire “je m’en vais”, à lui  mais aussi aux enfants, ce qui donne une autre dimension à cette crise, si ce n’est que cela.

Le 29 décembre, j’ai quitté la maison où nous passions nos vacances.

C’est arrivé après la crise “Trop-conne” évoquée plus bas. Le lendemain d’un soir où nous étions sortis -pendant le restaurant, il avait sans cesse évité de me regarder), je montais des mailles pour tricoter le col que je voulais offrir à sa mère. Et il m’a dit que je faisais des grimaces. Le genre de grimaces qu’on fait, j’imagine, quand on fait des gestes de précision comme la couture, par exemple. Ça m’a énervée. encore le verre à moitié vide. Au lieu de trouver sympa que je fasse de mes mains un cadeau pour sa mère, il ne voit qu’une chose : je suis moche. Il collectionne… J’ai fait le lien avec le genre de remarques qu’il m’a déjà faites sur le fait que je respire fort (nan mais putain, quoi, tu peux pas respirer moins fort?? – il ne dit pas ça mais ça revient un peu à ça : comment POURRAIS-je respirer moins fort?), le fait qu’il préfère que je lève le menton pour qu’on voie moins mon double menton, le fait qu’il trouve que les coins de ma bouche descendent (ahahahah ! ne voit-il pas d’où ça vient? ne voit-il donc pas l’origine de mon immense tristesse???) et qu’il me trouve, cerise sur le gâteau, trop grosse.  Je lui ai tout balancé : “eh oui, je fais des grimaces quand je monte des mailles, j’ai les coins de la bouche qui descendent, je respire trop fort  et je dois rentrer le ventre tout le temps, c’est ça?”. Il m’a répondu “à ce sujet, on a dépassé ce stade”. Ce que j’ai traduit par : pas la peine de rentrer le ventre, ça ne se verrait même pas. S’il fallait le traduire autrement, il n’avait qu’à le dire autrement.

Dans l’instant, c’est comme si le monde autour de moi n’était devenu que flammes, j’ai vu des flammes. Je suis entrée dans la colère pure. Je lai traité de sale con. Puis de fils de pute.

J’ai BEAUCOUP déchargé là-dessus en thérapie le lendemain ou surlendemain. J’ai laissé libre court à ma rage immense.

Je ne sais pas comment on est sortis de ça. Mais on en est plus ou moins sortis. Sauf que je l’ai prévenu : inutile d’attendre de moi que je prenne la moindre initiative sexuelle. Pour un bon moment.

C’est arrivé aussi après la crise du 24 décembre.  Lever un peu tardif, pas mal de choses à faire. Il est dans la salle de bains et je dis à travers la porte que j’aimerais prendre ma douche bientôt. C’est tout. Il dit OK.

15 ou 20 minutes plus tard, il ressort de la salle de bain. Moi, j’ai commencé à faire des sablés avec A. Il me dit : “bah, tu ne prends pas la salle de bains?”. Je lui réponds “non, pas tout de suite, j’ai commencé les sablés avec A”. Et là, il me reproche de l’avoir fait sortir de la salle de bain plus vite et même s’il y a quand même passé 15 ou 20 minutes, il avait tout le temps en tête que je voulais prendre ma douche et donc ça lui a en quelque sorte “gâché” son moment dans la salle de bains. D’autant que,  selon lui, je lui avais dit mon désir “juste après” qu’il y soit entré, ce dont je ne me suis pas du tout rendue compte, je ne suis pas tout le temps en train d’enregistrer : “bon, là il vient d’entrer dans la salle de bains, alors je ne vais pas lui demander de sortir” – et de toute façon, je ne lui ai pas demandé de sortir. Bref, j’ai commis l’erreur funeste d’avoir exprimé spontanément un désir somme toute trivial. Ça m’a encore bien énervée de me voir reprocher des choses pareilles. Je n’ai pas réussi à m’en remettre dans la journée. Réveillon de Noël foiré. Super. Mes parents et ma sœur m’ont appelés. Ce n’était peut-être pas le genre de Noël que j’adore mais au moins, l’ambiance derrière leurs voix au téléphone montraient qu’il y avait de la chaleur et de l’amour. Pas chez nous. Il a essayé de dire qu’il était pas bien pour telle et telle raison, physiquement. Je suis sûrement dure mais j’observe avec circonspection ses “maux de vacances” (et ses “maux de rentrée”, on le verra plus tard). Comme par hasard, le jour des vacances, il a deux abcès aux dents et une opération des hémorroïdes dont il ne veut pas parler. A part les dents (mais ça, ça avait l’air de se résorber un peu), je n’étais pas au courant des répercussions au quotidien. Et quand bien même. Qu’y a-t-il de mal à dire qu’on voudrait bien prendre sa douche? Et à faire autre chose (faire des sablés avec ma fille !) en attendant que rester au garde à vous derrière la porte pour qu’il ait la satisfaction de ne pas avoir “gâché” son moment dans la salle de bain pour rien?? Au secours !!!!

Et c’est donc arrivé après la crise du 28 décembre. Qui elle-même est arrivée bien tôt après les précédentes : je n’en pouvais vraiment plus. Après une rando en raquettes éprouvante -pb avec notre fils E-, on fait les courses dans la perspective de l’arrivée d’une famille d’amis le lendemain. Ça a été très chiant à transporter sur le chemin, dans la neige. Dès qu’on est arrivés, je suis allée faire du rangement et du ménage (commencé la veille pendant que lui faisait du ski toute la journée). Cela faisait deux jours qu’il avait laissé des vêtements sur le dossier d’une chaise et que je lui demandais, comme je préparais toute la maison pur l’arrivée des amis, de les monter. A un moment, il me dit qu’on va manger. J’aspire encore des trucs puis je descends. Je les trouve tous les trois dans le canapé. La table pas prête, le dîner ne serait prêt que dans 10 minutes. Juste avant de remonter, je lui demande s’il voudra bien ranger ses vêtements.  Il me dit “ben tu peux les prendre puisque tu remontes les mains vides?”. Et j’ai dit non. Ce n’est pas parce que je suis la seule de la famille à toujours monter les affaires des autres, à ne pas enjamber les livres, les fringues, les chaussons que je dois forcément monter les affaires que je lui demande de ranger depuis deux jours. Je ne me suis pas rendue compte, sur le moment, que ça l’avait piqué à vif puisqu’il n’a rien dit.  Ensuite, je suis descendue manger, on a joué au poker ou au jungle speed, je ne sais plus. Je lui ai demandé plusieurs fois si quelque chose n’allait pas au moment de monter, il a pris les affaires sur le dossier de la chaise, il les a montées en disant des trucs dont je ne me souviens plus mais qui exprimaient un ressentiment énorme vis-à-vis de mon refus de les monter un peu avant. Je lui avais parlé comme à un enfant, voilà ce dont je me rappelle car ça, c’est un truc qu’il ressort souvent. Il a souvent peut que je le traite comme un enfant… comme c’est bizarre, les névroses des gens.

A partir de là, c’est parti en vrille. J’ai essayé de rester zen mais j’ai fini par saturer complètement. Il m’a tout ressorti : mon bureau mal rangé “depuis 10 ans” et plein d’autres trucs. Il disait prendre ces exemples pour me montrer à quel point lui il est souple et pas moi. Et moi j’entendais “t’es qui toi à me reprocher comme à un gosse de na pas ranger mes affaires?”. Il a utilisé le terme “droit”, avoir le droit. J’ai traduit : “de quel droit tu me demandes des trucs comme ça ou tu refuses de monter mes affaires quand je te le demande?”.  Il dit que chaque chose domestique qu’il me demande me fait monter sur mes grands chevaux alors qu’il fait des choses lui aussi. Il ne veut pas comprendre que chaque pas dans cette direction, sur mon terrain, rend les choses beaucoup plus irréversibles que ceux qu’il fait sur son terrain : la pente domestique penche si naturellement plus du côté des femmes ! Il dit que je suis bloquée là-dessus, sous-entendu à tort. De toute façon, j’avais décidé le jour précédent de ne plus faire à la place des autres. Je n’en avais pas fait la publicité mais j’avais arrêté de ranger à la place des autres. Dans le tourbillon de l’échange de reproches, je lui ai dit que je partirai le lendemain, que j’allais faire ce que lui n’avait pas le courage de faire, qu’il me gâchait la vie, qu’il était égocentrique… et puis j’ai perdu pied, intellectuellement parlant. Ou alors il m’a embobinée.

Et j’ai conçu l’idée que je n’étais pas équipée, intellectuellement et conceptuellement, pour  vivre avec lui, pour tenir une discussion avec lui, que j’étais une fille trop simple, trop simple d’esprit. Je n’ai pour moi que l’honnêteté absolue de mes sentiments, ma sincérité et ma fidélité affective à toute épreuve. Beaucoup d’intuition, aussi.  Mais pas l’intelligence pour faire face à ce genre de discussions. Je viens de nulle part, personne ne m’a transmis la tournure d’esprit qu’il faut, les outils. Ou alors lui m’amène sur des terrains sur lesquels je suis mal à l’aise. J’ai pensé que je m’étais royalement trompée en pensant que l’amour que je lui porte allait permettre de faire tomber cette barrière, de surmonter cet obstacle. Je me suis trompée.

Comme d’habitude, il m’a laissée parler toute seule, je voulais crever l’abcès. Il ne répondait pas, ce que je prenais pour du mépris ou du désintérêt. Comme d’habitude, il a fait celui qui voulait plutôt dormir…

Le matin, petit déjeuner glacial. Coup de fil de Y qui était déjà arrivé pour amener L. Précipitation. Mon cœur est si serré que je n’arrive plus à respirer. Je ne sais pas si j’aurai les couilles. Et puis je saute : je dis devant les enfants, aux enfants, que je pars ce matin, que je rentre à la maison. Que cela n’a rien à voir avec eux mais avec E, et quand quand on se sent très mal dans une situation, il y a des fois où il faut savoir prendre des décisions. Je crois qu’E ne pensais pas que je le ferais. Il m’a demandé une fois les enfants partis si c’était bien ce que je voulais faire. J’ai répondu que je préférais juste partir plutôt que rester. Et que si lui pensait que c’était une mauvaise idée, il avait eu la possibilité de le dire la veille, que maintenant, c’était trop tard. J’ai eu bien du mal à ne pas flancher ne parlant aux enfants. A leur infliger ce que moi, enfant, je redoutais plus que tout au monde. Ca a été horrible. Ils sont partis. E avait l’air assez mal. Il m’a juste demandé de lui dire quand je serais rentrée. J’ai dis “pour quoi faire”. Et puis je me suis écroulée une fois seule.

J’ai fait mes bagages. J’ai pris le chemin des amoureux qui descend au village, dans la neige. C’était magnifique. Je suis partie.

J’ai dormi le premier soir à Lyon. J’avais envie de visiter car je ne connaissais pas. Au moment de choisir si je rentrais directement ou pas, j’ai aussi laissé poindre l’idée que si je restais à Lyon, je pourrai revenir plus facilement si la situation se présentait. Genre s’il me téléphonait en pleurs, hahahaha! Je ris car bien sûr, ce n’est pas arrivé. Bien sûr. Il a bien trop d’orgueil pour cela !

Le lendemain, le 30 je suis rentrée. J’ai reçu un coup de fil le soir de l’ami qui était avec sa famille à la maison. Ça m’a touchée. Et le lendemain matin, le 31, de l’ami chez lequel le réveillon du soir était prévu et où je n’allait pas être. Je n’ai pas eu le courage de décrocher. Il m’a laissé un gentil message.

J’ai fait plein de shopping parce que je ne me trouve pas si moche malgré mon poids et malgré la douloureuse épreuve, cependant, de a cabine d’essayages. Et passé le réveillon avec des amis (dont l’un; un ami cher, m’a généreusement proposé de me faire l’amour quand je voudrais et sans engagement!). Le 1er janvier, aller-retour en Normandie pour voir ma grand-mère, dont le cancer bien soigné a laissé une terrible métastase au foie qui ne lui laisse plus beaucoup de temps à vivre. Je l’aime tant, je l’ai toujours tellement aimée. Elle m’a tellement apportée ! ca a été difficile, moralement et physiquement du fait des neuf heures de route et de la fatigue post-réveillon.

Hier, la tension n’a fait que monter dans la perspective de leur retour à la maison. J’ai beaucoup parlé au téléphone avec I, mon amie, ma sœur. Cela m’a fait du bien. J’ai passé beaucoup de temps à ranger mon bureau (il allait voir ce qu’il allait voir).

Ils sont arrivés en début de soirée. Il a voulu m’embrasser en me tant l’épaule à sa descente du train, avec un petit sourire. Pourquoi? Je ne me suis pas dérobée mais je n’y ai rien mis.

A avait vomi 11 fois dans la journée, E. junior pleurait et se rodait sur ses douleurs de ventre depuis des heures et E. n’était “pas bien” non plus… Naturellement, osé-je dire ici à son propos à lui. Après les maux des vacances qui font qu’on ne peut pas vraiment en profiter et qu’on peut en vouloir aux autres, voici les maux du retour ! Ceux qui font qu’on va se coucher direct “holala, je suis super mal, vraiment, là, faut que je m’allonge” et qui laissent beaucoup de possibilités de discussion. La discussion? De quoi, au fait? Il a demandé si je voulais qu’il dorme sur le canapé. Je lui ai laissé le choix. C’était une erreur : ilest forcément allé dans le lit. J’aurais préféré qu’il dorme plutôt dans le canapé que dans le lit où je suis allée me coucher ensuite (couvertures et sacs de couchage étaient dans les chambres des enfants, impossible d’aller les prendre sans éveiller leur attention). ENCORE m’allonger auprès celui dont je ne veux toucher la peau d’un micron. Dont je neveux pas percevoir la respiration : si loin alors que physiquement si proche. Une situation littéralement insupportable. Plutôt dormir ailleurs.

Ce matin, après la grasse matinée qui l’a laissé “pas bien” quand même, il a dit qu’on pourrait parler ce soir. J’ai dit que je ne serai peut-être pas là. Ça l’a contrarié, il doit avoir eu l’impression de faire un effort en parlant de discuter. Mais moi, finalement, je m’en fiche de ménager sa susceptibilité et de louer ses efforts. Comme face à un enfant ! il a dit une chose du genre “ben quand on va parler alors?”. Et j’ai répondu “ben quand je serai là, et que toi tu seras disponible”, car avec lui, c’est rarement le moment. Il est parti pas content.

D’autant que quand je lui ai demandé s’il avait informé sa mère, à l’occasion, par exemple des vœux (pas facile de souhaiter tout seul ses vœux alors que d’habitude, on est deux). Eh bien non. Il n’avait pas souhaité la bonne année à sa mère ! Ce qui, d’une part, ne serait pas arrivé si j’avais été là et me mettait en difficulté ce soir alors qu’elle était censée aller chercher les enfants à l’école et que j’allais donc devoir lui expliquer pourquoi moi je ne lui avais pas souhaité la bonne année. Si lui l’avait fait, cela aurait pu passer inaperçu, alors que là, ce n’était plus possible. ca l’a un peu contrarié. J’ai donc appelé sa mère tout à l’heure. Elle venait de recevoir un mail de lui qui disait qu’il était malade (ouh, maman, je me sens pas bien… ce qui en général déclenche des tas de coups de fils parentaux genre “mon fils, tu vas mieux?” tandis que juste à côté on est limite hémorragie ou septicémie) et parlait de “dispute”. Je t’en foutrais, de la “dispute” !

Tout cela ne nous emmène pas vers des horizons radieux. Mais à présent, je me dis tant pis, d’autres cieux m’attendent ailleurs. Je ne suis pas faite pour cette vie de frustration et de tristesse.

Je me leurre peut-être. Je finirai peut-être à la rue, coupée de toute relation avec mes enfants. Mais au fond de moi je ne crois pas. J’ai des ressources, même si je ne suis pas assez intelligente pour vivre avec lui.

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