J’ai fait ma part
septembre 28, 2010
Je ne suis pas aux 36mes dessous comme autrefois (médicament ou thérapie, merci qui?) mais j’en ai assez. Un “vrai” assez finalement, plus qu’une impression d’impasse totale comme avant. Un assez qui laisse la place à autre chose.
J’en ai assez de devoir subir ses variations radicales d’humeur et de disposition à mon égard. Je fais sempiternellement les frais de son insatisfaction chronique. Je m’en suis rendue responsable pendant des années à coups de « je suis trop ceci », je ne suis pas assez cela », « je suis nulle », « je suis une merde », « je ne le mérite pas », je brisais sans cesse notre bonheur par mes ceci et mes cela. Est-ce cette tendance maximale à l’auto-flagellation ou bien véritablement mes « trop » et mes « pas assez » ? Toujours est-il que j’ai souvent eu l’impression qu’il me rendait responsable de ses sautes d’humeur et de disposition.
C’est terminé en tout cas de mon côté. J’estime avoir fait et faire encore tout ce que je peux pour nous maintenir dans la zone rose. Et n’y être pour rien dans sa cyclothymie. Ce qui reste à faire est de son ressort.
J’en ai assez.
Assez de passer du bonheur tout neuf de la fin de ce printemps au vide de cette rentrée. De me retrouver avec un homme qui n’a même pas l’idée (je ne parle même pas d’envie) de m’embrasser quand on se promène tous les deux au bord du Danube. Ou le matin quand on se réveille. Ou alors si distraitement, parce que sinon, je le prendrais pour un casus belli. D’habitude, c’est moi qui me blottit le matin contre lui, qui lui fait de petits bisous sur la poitrine, dans le creux du cou, le creux de l’épaule, sous l’oreille… Je le fais parce que j’aime ça, me réveiller tout contre lui, mais aussi parce que je suis prise d’un élan d’amour pour lui qui me donne envie de l’embrasser. Pas lui. Ni le matin, comme ça, ni à d’autres moments.
Ou alors, rarement (pourquoi? je l’ignore peut-être les lendemains de soirs de rapprochements), il me demande de le rejoindre sur le canapé. C’est si rare.
Dimanche, il pleuvait dru sur cette vile d’Europe centrale déserte. On était trempés et on s’abritait sous une devanture de magasin. On avait le choix entre trouver ça horrible et passe le temps en se « roulant des pelles », ce que j’ai proposé. Il a répondu qu’il n’était pas « dans le mood ». J’ai rétorqué après de longues minutes de silence humide et salé que c’était sûrement mieux d’être dans le mood de regarder la pluie tomber en se disant que c’était nul. Je nous voyais bien, moi, en train de nous embrasser à l’abri pendant que les grosses gouttes nous éclaboussaient les pieds. Je me serais bien vu rire de la situation en l’embrassant : peut importait la pluie puisqu’on s’aimait! Mais on ne s’est pas embrassés puisqu’il n’était pas « dans le mood ».
Il a dit que si j’avais envie de l’embrasser, je pouvais le faire sans lui demander. Du style « si tu veux poser tes lèvres sur moi, ma peau est là ». D’abord, le moment où il a refusé de me prendre la main pendant lors d’une si belle journée dans cette ville du nord de l’Europe, cette fois,est toujours cuisant en moi. J’ai encore peur qu’il me refuse l’aumône d’une preuve d’amour. J’ai avancé sur bien des points mais je pense que j’aurai du mal à me défaire de cette peur. C’est peut-être d’ailleurs cette peur qui me fait me censurer comme je le fais depuis des années.
Et puis je ne le considère pas comme une « matière à embrasser » que je pourrais utiliser quand j’ai envie d’embrasser quelqu’un ou “quelque chose”. Je le considère comme l’homme que j’aime et avec qui j’aimerais « échanger » des baisers. Qui prendrait les miens comme des preuves d’amour et des opportunités d’expression d’amour mutuelles. Qui serait pris, lui aussi, d’élans d’amour à me signifier par ses baisers. Et puis cela ne lui arrive-t-il pas, à lui, d’avoir envie de m’embrasser?
Il faut croire que non. Il va dire que c’est parce que je suis trop grosse. Il m’a dit l’autre fois, lors de notre dernière grosse mise au point, qu’il considérait mes formes et mon poids comme « insultants » à son égard. Cela m’a littéralement consternée. Je lui ai répondu que je me foutais de mon poids et d’ailleurs, pour la première fois depuis 17 ans, je lui a dit mon poids. Je le lui ai claqué à la figure, même. Je ne SUIS PAS mon poids. Et je pense que tant qu’il y accordera cette importance cruciale, je serai grosse. Il y a probablement dans mon poids une part de provocation involontaire, une résistance de mon moi profond au diktat d’apparence (entre autres) qu’il voudrait m’imposer. Je le lui ai dit.
Mais j’ai fini par me déconnecter en grande partie de son sentiment d’insatisfaction : c’est ça ou je me casse. Je ne vais pas rester à subir et me rendre responsable de ses nombreux passages de la lumière à l’ombre.
J’ai fait ma part. Je me suis engagée dans une thérapie lourde et douloureuse à maints égards et je prends ce médicament dont je suis devenue dépendante et qui m’a aidée à prendre les 15 kilos que je porte en trop. Et je continue. J’ai souffert toute ma part, je suis passée par des tunnels horribles. Et ça, je n’en veux plus. J’ai finalement compris que ma vie ne se limitait pas pas à cela. Qu’autre chose était possible.
Il ne dit rien. Jamais. Il faut que je déploie une énergie délirante et douloureuse, aussi, pour obtenir une parole vraie de sa part. Vraie? Difficile. Je pense qu’il se cache des choses à lui-même. Parler de lui en vrai, d’autre chose que ses projets ici ou là, cette fuite en avant des projets ! Que n’ai-je du faire et dire pour obtenir que tu me racontes ce rêve qui semble t’avoir bouleversé ! Ne raconte-t-on pas ses rêves à son amour? Suis-je ton amour? Je suis absolument certaine que si je te poses cette question (tiens, je suis passée du « il » au « tu »!), tu me répondras « non ». Donc tu ne me racontes pas tes rêves, tu ne me dis pas comment tu te sens, ce que tu ressens. Que partage-t-on?
VIS, bordel ! Oui, tu passes à côté de plein de choses comme tu le penses depuis ce rêve, oui, il est trop tard pour certains trucs. Alors VIS ! Fais ce que tu as à faire.
Mais ne compte pas sur moi pour te quitter « pour ton bien ». D’ailleurs, je pense que c’est un leurre de croire que cela réglera tes problèmes : tu es insatisfait de la vie, pas de moi. Si je te quitte, je le ferai pour MON bien. Un bien que je parviens désormais à entrevoir sans toi. Voire avec d’autres.
Il doit probablement exister quelqu’un qui m’aimera pour ce que je suis et saura m’ouvrir son coeur. J’ai renoncé à renoncer.