Retour triste
juin 13, 2010
Quand je reviens ici, ce n’est jamais vraiment bon signe. Je suis encore une fois désespérée. Cette fois, j’ai dit que j’allais me barrer. Je n’en peux plus de ces changements d’humeur. Un jour bien disposé à mon égard, le lendemain m’ignorant. Ou m’envoyant bouler. Je ne veux plus ça, cette vie-là pour moi. Je viens d’avoir 40 ans. Ça n’a pas été violent. Sauf que j’ai été déçue par pas mal de gens autour de la question du week-end d’anniversaire que j’avais organisé en Chartreuse. Très peu de gens sont venus. Et certains de ceux qui sont venus m’ont déçue. Mes cadeaux m’ont déçue. Le peu d’enthousiasme de mes parents à fêter mon anniversaire m’a déçu aussi. Je l’ai dit ou l’ai montré. Je trouvais que je ne méritais pas ça. Et certaines personnes ont été particulièrement adorables avec moi du fait que je m’étais exprimée. Ça m’a fait du bien.
Mais le point marquant, c’est qu’il y a des choses que je ne peux ni ne veux plus supporter. Et la vie que E me fait mener depuis… trop longtemps, je n’en veux plus. Je rêve d’un homme qui m’aimerait pour ce que je suis et non ce que je pourrais ou “devrais” être. Comme je suis et non comme je pourrais ou “devrais” être. Qui soit tendre avec moi, qui ait des élans de tendresse pour moi et qu’il les exprime. J’en crève, de ce besoin. Jusqu’à être émue aux larmes devant les couples de petits vieux qui se tiennent par la main. Ils ne sont pas obligés… ils le font parce qu’ils s’aiment et qu’ils ont de la tendresse l’un pour l’autre. Moi, je n’aurai pas eu droit à cela. “Pas encore” me dis-je parfois. Il y a des femmes qui se retrouvent seules et qui, contre toute attente, rencontrent un homme bon pour elles. Peut-être que j’aurai, que je me donnerai une autre chance. J’ai de plus en plus l’impression qu’il faudrait que je me la donne, cette chance, qu’il ne faut pas que je l’attende trop, qu’elle pourrait bien ne pas arriver toute seule.
E ne voit que le verre à moitié vide, que ce qu’il n’a pas, que ce que je ne suis pas, que ce que je ne fais pas, que ce que je dis de trop. Jamais ce que je suis, ce que je fais, ce que je dis de bien. Il me fait crever à petit feu depuis longtemps. Disons, par souci d’honnêteté que “cette relation ne m’apporte pas, depuis longtemps, ce dont j’ai besoin”. Je n’arrive plus à me contenter de miettes une fois tous les deux jours.
Je lui ai dit ce soir que j’allais me barrer. Que j’en avais trop MARRE. Il dit qu’il n’est pas bien, qu’il voit quelqu’un. Je pense que c’est un emplâtre sur une jambe de bois. Il devrait faire une GROSSE thérapie : cela fait tant d’années qu’il ne veut pas voir qu’il y a un truc qui cloche chez lui ! Je le suggère à demi-mots. Je ne veux rien “conseiller”. C’est sûrement encore trop. Pourrait-on, pourrait-il me reprocher de ne pas le soutenir? Il ne me l’a pas demandé. La cruauté et le regret pourraient me faire lui répondre “je ne suis pas là pour te soutenir” en réponse au “je ne suis pas là pour te rassurer” qu’il m’a un jour déclaré. Alors que je sais que tant que je n’ai pas jeté totalement l’éponge, je suis, justement, là pour le soutenir. Une sorte de devoir conjugal. Encore faut-il qu’il accepte mon soutien. Ce dont je ne suis pas sûre.
Toute cette relation n’a que contribué à me faire me sentir de plus en plus mal. Je le sais bien. C’est en partie pour cela que je prends des anti-dépresseurs. Je n’ai pas trouvé dans cette relation les pansements (l’amour, la réassurance, la sécurité) pour mes blessures anciennes. Elles n’ont fait que s’infecter de plus en plus. Si je ne me révolte pas, pour moi, je pourrai me dire que j’aurai raté ma vie affective. Et j’aurais du mal à y survivre. Il y a les enfants. Je dois leur montrer qu’il faut faire ce qu’on croit bon pour soi. Est-ce de l’égoïsme, ce satané égoïsme de mes deux hérité de ces putains de bonnes sœurs, de cette saloperie d’éducation chrétienne? Ne pas partir, c’est leur montrer que lorsqu’on aime, il faut savoir se nier, s’effacer, renoncer à vivre sa vie. Quel belle leçon de vie!? Mais si je pars, je leur montrerais aussi ce que c’est une mère sans force et qui s’effondre. Je serais capable de me suicider, je le sais. Je suis trop près du bord, du précipice, depuis longtemps. Ce serait risqué. Excuse foireuse? Faut-il essayer pour savoir? Et laisser mes propres enfants me découvrir un jour pendue dans la maison? J’ai cette image devant les yeux, à un endroit précis de cette maison-là, de moi pendant au bout d’une corde, morte. Cet endroit de la maison me fait un petit peu peur, depuis.
Ces pensées me rendent triste mais quasi-exclusivement pour mes enfants. Je suis triste pour eux qu’ils aient une mère comme moi. Que ma mort leur pende (haha!) ainsi au nez. Notre fils a dit qu’il avait peur que nous mourrions. Il doit sentir des choses. Comme je suis immensément triste pour eux de m’avoir comme mère. Comme j’ai été irresponsable !….